Il s'agit d'une salle de plus de 300 m2, qui évoque la "salle de l'évolution" du Jardin des Plantes, avec vitrines et squelettes d'orques et de baleine.
J'ai eu beaucoup de plaisir à éclairer ce décor magnifique, car il se posait un certain nombre de contraintes qui ont fait de cette commande un challenge, qui s'est révélé être très agréable à faire.
Premier challenge : le budget lumière, très réduit. J'ai donc dû construire une liste "modeste".
Deuxième challenge : une demi journée d'installation, un chef électro (l'excellent Lorenzo Mele, qui m'accompagne depuis l'hiver dernier dans mes pérégrinations lumineuses) pratiquement seuls (juste un coup de main de deux assistants pour porter le matériel dans des accès difficiles), une demi-journée de répet et réglages.
Troisième challenge : les contraintes du décor en terme de lumière. Compte tenu du fait que nous avons 8 personnes sur le plateau : un invité d'honneur : le Prince de Monaco, une présentatrice et 6 invités.
La salle est vaste. De nombreuses fenêtres (une dizaine) viennent l'éclairer, au niveau principal. Impossible de les gélatiner toutes. La lumière naturelle est renforcée dans la salle par de magnifiques tulipes en pâte de verre, mais leur température de couleur en est très éloignée (2900 K). Les fenêtres à l'étage sont pourvues de rideaux beiges, qui réduisent leur température de couleur.
L'axe principal de la salle est orienté au Sud, et compte tenu des heures de tournage, nous aurons le soleil en plein dans l'axe durant l'émission.
Mais je souhaite conserver cette "structure" lumineuse du lieu. C'est un parti pris, que j'assume. J'aime conserver la base naturelle du décor, ne pas la trahir, que les familiers du lieu puissent le reconnaître. Les pâtes de verre doivent pouvoir être dans le champ des plans larges, il faut les conserver.
La lumière du jour, ici, n'est pas anodine. Le musée est en bord de mer, Monaco est en zone ensoleillée et l'émission sera diffusée entre printemps et été, il ne faut pas l'occulter.
Le Prince de Monaco est l'invité d'honneur de l'émission, et c'est aussi notre hôte. Cette salle a été érigée en l'honneur de son grand père, "explorateur" marin, découvreur des trésors exposés dans la salle. Il faut que l'on sente "l'appel du large", la présence de la mer, que nous ne pourrons pas voir à l'image et donc du soleil.
Il faut donc donner une présence à la lumière naturelle, ne pas la brider. Il faut donc conserver ces écarts de TC, et les adapter à la prise de vues.
Voici deux photos prises en repérage avec l'iPhone, qui illustrent cela : l'une de la salle, avec ce mélange de températures de couleur si particulier et les innombrables tâches crées par les fenêtres, l'autre de ces sources qui démontre l'écart de ces températures.

Les vitrines au périmètre de la salle ne sont pas pourvues d'éclairage. La réalisation (Yves Barbara) me demande une lumière chaude. Je souhaite aussi qu'elle soit douce.
Heureusement, la météo sera "bonne" ce mardi, mais il est à craindre des passages de nuages. De plus, du fait de l'orientation de la salle et de la durée de l'émission (1h et demi), le soleil va "tourner" autour de l'axe principal de la salle, qui est plein sud et est aussi celui des caméras orientées vers le Prince et la présentatrice.
Après discussion avec Lorenzo, nous optons pour le dispositif suivant :
1 6 kW HMI sur chacune des fenêtres les plus présentes et les plus proches du "plateau" lui-même, l'une plein sud, l'autre au sud ouest, mais nous n'avons pas le choix, ce sont les seules fenêtres dotées de balcon. Le budget ne permet pas d'ériger des tours à l'extérieur. Pour les raccorder, ces fenêtres sont gélatinées en 1/2 CTO afin de conserver une dominante froide et diffusées en 1/2 White Diffusion.
Eclairage du plateau depuis la coursive en mezzanine. Les sources sont donc placées loin et je souhaite qu'il n'y ait pas de projecteur sur pied au sol, pour laisser toutes libertés au réalisateur et à ses caméras :
1 boule chinoise (3200) de 5 kW de chaque côté pour l'ambiance générale ;
1 5kW + Chiméra (1/4 de diff) de chaque côté pour les faces des invités + Cosmetic Peach ;
3 2kW + Chimera (1/4 de diff) pour le Prince et la présentatrice + Cosmetic Peach, 1 face et deux à 45° ;
2 1000 Fresnel pour les contrejours des invités
2 1000 Fresnel pour éclairer la baleine
2 mandarines pour décrasser le fond de la salle
Une batterie de 1000 W, 650, 500 et 300 pour décrocher des éléments, éclairer les vitrines, amorces, etc. certains en 1/4 ou 1/2 CTB selon la proximité des fenêtres.
Résultat : environ 50 kW de lumière sur une ligne de 125 A, mais un budget modeste.
Nous avons fait la balance dans la lumière à 3200 mélangée à la lumière du jour (environ 4300 K), les Cosmetic Peach sont venus "par-dessus". Les tulipes sont donc légèrement chaudes, en raccord parfait avec les faces, et les contrejours légèrement froids sont provoqués par la lumière du jour corrigée en 1/2 CTO.
Les fenêtres dans le champ (Sud-Est) ont été gélatinées en N6 et la fenêtre Sud-Ouest a été calquée car la découverte n'était pas intéressante du tout et ce procédé nous a permis de "cacher" le 6 kW sur ce balcon exigu.
Il a fallu aussi drapeauter des fenêtres qui provoquaient des tâches indésirables.
Résultat : un décor respecté dans son ambiance naturelle, des faces chaudes, des contrejours légèrement froids sur les invités laissant "passer" la lumière du jour.
Voici quelques images du décor éclairé. Comparativement à la photo du repérage, vous pouvez voir, je pense, le respect du décor, dans un niveau et un rapport de contraste fonctionnant pour un tournage : les caméras étaient entre 4 et 5.6 à -3 dB.
Je n'ai pas pu faire de photos des protagonistes dans les places afin que vous puissiez voir le rendu des faces du plateau. Dès que la production me donnera une copie du DVD, je posterais des images de l'émission.

Au premier étage, la salle de la Baleine vue de l'extérieur. Sur le balcon Sud-Ouest, un de nos deux 6 kW HMI. Au sol, le car Régie (Soft)

La salle et le plateau éclairés. En haut à gauche, un 5kW + Chimera + Cosmetic Peach pour les invités de droite.

Le cadre de départ de la caméra travelling. Un 650 W rehausse le scaphandrier. En haut à droite, l'autre 5kW + Chimera pour les invités de gauche.

Le travelling et l'angle mort pour nos amis du son (Robert Pizzelli Chef OPS). Derrière lui, la fenêtre Sud-Ouest.

Au plafond, le fameux squelette de la Baleine

Ces fenêtres n'ont pas encore été gélatinées en N6



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