"Tabu", ce film portugais de Miguel Gomes, suscite les éloges aux quatre coins de la planète, et aussi une rentrée billetterie conséquente. Produit à la va-comme-j't'pousse par O Sôm e a Furia, j'ai remarqué que dans le contexte effroyable d'un Portugal exsangue, mis en coupe réglée par..., ce film existe pourtant. Que je sache, l'équipe a été normalement payée. Ce qui est advenu c'est que le producteur a dit à Gomes qu'il ne pouvait financer le tournage en Afrique, la part essentielle du film. Ce qu'a fait le cinéaste, c'est qu'il a modifié la construction de son film. Et ça fonctionne. Nécessité fait souvent loi. Belle leçon. En attendant, Ana Moreira, l'exceptionnelle, est serveuse à Lisboa.
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"Tabu" : un film difficile...
#3
Posté 04 février 2013 - 21:53
Laurent, dans les rarissimes 1:37 n'oublions pas le "Faust" de Sokurov, photographié par Bruno Delbonnel, en couleurs, mais lesquelles 
Oui, je me suis mal exprimé : mon post visait centralement les ceusses qui, au nom de la "créativité", revendiquaient mordicus de sous-payer lourdement les ouvriers et techniciens pour que le film "se fasse". Ce qui est intolérable. Et ce que j'avais remarqué à propos du film de Miguel Gomes, c'est qu'il a tourné la partie africaine en son-témoin, une voix off la commentant. L'équipe partie au Mozambique fut extrêmement réduite, une demi-douzaine, les seconds rôles assurés par l'équipe, les acteurs endossant eux-mêmes leurs costumes, et leur maquillage, Etc..
Au bout du compte ce que Miguel Gomes a démontré là, c'est la capacité de l'auteur, et du cinéaste, à ré-interpréter son film en fonction des impératifs financiers, sans jouer sur la "variable d'ajustement" des salaires, pourtant bien maigrichons dans la patrie de Manoel de Oliveira (et de bien d'autres). Le cinéma, cet art majeur, est aussi industriel, on le sait. En ce sens, il embauche des ouvriers, des techniciens. Il n'est pas solitaire. Et toute peine mérite salaire, décent. Bernard Palissy brûlait ses meubles pour persister en son art de la céramique. En 2013, c'est comment?
Oui, je me suis mal exprimé : mon post visait centralement les ceusses qui, au nom de la "créativité", revendiquaient mordicus de sous-payer lourdement les ouvriers et techniciens pour que le film "se fasse". Ce qui est intolérable. Et ce que j'avais remarqué à propos du film de Miguel Gomes, c'est qu'il a tourné la partie africaine en son-témoin, une voix off la commentant. L'équipe partie au Mozambique fut extrêmement réduite, une demi-douzaine, les seconds rôles assurés par l'équipe, les acteurs endossant eux-mêmes leurs costumes, et leur maquillage, Etc..
Au bout du compte ce que Miguel Gomes a démontré là, c'est la capacité de l'auteur, et du cinéaste, à ré-interpréter son film en fonction des impératifs financiers, sans jouer sur la "variable d'ajustement" des salaires, pourtant bien maigrichons dans la patrie de Manoel de Oliveira (et de bien d'autres). Le cinéma, cet art majeur, est aussi industriel, on le sait. En ce sens, il embauche des ouvriers, des techniciens. Il n'est pas solitaire. Et toute peine mérite salaire, décent. Bernard Palissy brûlait ses meubles pour persister en son art de la céramique. En 2013, c'est comment?
#4
Posté 05 février 2013 - 00:32
Pour le 1.37 N&B, j'ai évidemment surtout pensé aux Ailes du Désir, de Wenders.
Sur la dimension "choix de production", je suis évidemment d'accord avec toi.
Quand j'entends des producteurs dire "vous vous rendez compte du montant de la masse salariale, dans le budget d'un film ?!", personnellement je m'en réjouis, oui ce sont sont avant tout des hommes et des femmes qui font les films, et c'est une bonne et heureuse logique que cette masse salariale soit la part la plus grosse du budget.
N'en déplaise aux loueurs de décor, aux compagnies aériennes, pétrolières et d'autoroute, avocats, assureurs et financeurs (qui "facturent" leur prêt par un intéressement aux résultats)...
A travers les devis des loueurs de matériel caméra, machinerie et éclairage, n'oublions pas que c'est encore, et heureusement, des êtres humains qui sont rémunérés.
Quant aux restos et aux hôtels, il s'agit de loger et nourrir l'équipe, quand même...
Mais la masse salariale étant si importante, elle constitue, malheureusement, et dans toute entreprise, comme tu le dis, la "variable d'ajustement" du devis.
Le problème de fond n'est-il pas la forme de collusion qui existe parfois entre producteurs et réalisateurs ? Statistiquement, la majorité des films produits sont des premiers films, et les réals acceptent volontiers que les techniciens soient sous-payés pour voir leur projet porté à l'écran. Les producteurs de ces films s'engraissent en facturant des frais fixes très importants, récupérables "au premier franc" et savent quelles concessions ces jeunes réals sont prêts à faire, ce n'est que comme cela qu'ils peuvent dégager un profit de ces films au succès aléatoire : combien de ces films restent sur les étagères, ont une sortie confidentielle ? Combien d'entre ces réals feront un deuxième film ? Et ils sont encore moins nombreux à en faire un troisième.
Et quand c'est le cas, les "mauvaises habitudes" sont prises, le "mauvais exemple" est donné et c'est le nivellement par le bas, car soyez contents c'était ça ou délocaliser la production...
Ou est la responsabilité sociale de l'employeur dans ces conditions ?
Mais on touche là à un autre débat, d'ailleurs actuel, ouvert sur ce site et ailleurs, donc j'en resterai là.
Donc oui, tu as raison, Jacques, louons l'éthique de ce réalisateur, qui prouve que "film difficile" ne rime pas forcément avec "équipe docile".
Bien à toi,
Sur la dimension "choix de production", je suis évidemment d'accord avec toi.
Quand j'entends des producteurs dire "vous vous rendez compte du montant de la masse salariale, dans le budget d'un film ?!", personnellement je m'en réjouis, oui ce sont sont avant tout des hommes et des femmes qui font les films, et c'est une bonne et heureuse logique que cette masse salariale soit la part la plus grosse du budget.
N'en déplaise aux loueurs de décor, aux compagnies aériennes, pétrolières et d'autoroute, avocats, assureurs et financeurs (qui "facturent" leur prêt par un intéressement aux résultats)...
A travers les devis des loueurs de matériel caméra, machinerie et éclairage, n'oublions pas que c'est encore, et heureusement, des êtres humains qui sont rémunérés.
Quant aux restos et aux hôtels, il s'agit de loger et nourrir l'équipe, quand même...
Mais la masse salariale étant si importante, elle constitue, malheureusement, et dans toute entreprise, comme tu le dis, la "variable d'ajustement" du devis.
Le problème de fond n'est-il pas la forme de collusion qui existe parfois entre producteurs et réalisateurs ? Statistiquement, la majorité des films produits sont des premiers films, et les réals acceptent volontiers que les techniciens soient sous-payés pour voir leur projet porté à l'écran. Les producteurs de ces films s'engraissent en facturant des frais fixes très importants, récupérables "au premier franc" et savent quelles concessions ces jeunes réals sont prêts à faire, ce n'est que comme cela qu'ils peuvent dégager un profit de ces films au succès aléatoire : combien de ces films restent sur les étagères, ont une sortie confidentielle ? Combien d'entre ces réals feront un deuxième film ? Et ils sont encore moins nombreux à en faire un troisième.
Et quand c'est le cas, les "mauvaises habitudes" sont prises, le "mauvais exemple" est donné et c'est le nivellement par le bas, car soyez contents c'était ça ou délocaliser la production...
Ou est la responsabilité sociale de l'employeur dans ces conditions ?
Mais on touche là à un autre débat, d'ailleurs actuel, ouvert sur ce site et ailleurs, donc j'en resterai là.
Donc oui, tu as raison, Jacques, louons l'éthique de ce réalisateur, qui prouve que "film difficile" ne rime pas forcément avec "équipe docile".
Bien à toi,
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