Extension de la convention collective, la mort du cinéma difficile Ou doit-on crever en silence pour Dany Boon et Pathé ?
#1
Posté 19 janvier 2013 - 18:21
Je suis producteur de films, pour tous ceux qui ne me connaissent pas, ma société s'appelle OFFSHORE.
J'ai produit une vingtaine de courts métrages, et 3 longs dont un en tant que producteur délégué, tous en dessous d'un million d'euros. Je suis donc ce qu'on appelle en ce moment un "petit" producteur faisant des films dits de la diversité ou, pour être plus direct, "du bas".
Je suis assez catastrophé par la méconnaissance du (des) projets de convention par les techniciens ET nombre de mes collègues. Tant dans son aspect positif que ses risques, à mes yeux, gravissimes.
Tout d'abord, je suis convaincu que nous avons besoin d'une convention étendue, afin de fixer un cadre légal et adapté à nos activités professionnelles. Un cadre qui protège les salariés des abus qui peuvent exister. Et les employeurs souvent aujourd'hui obligés de ne pas respecter la loi en l'absence de textes réellement adaptés à la profession.
Les syndicats de producteurs et de salariés ont pendant des années joué la montre, chacun traînant volontairement des pieds pour des raisons différentes et contre-productives que je ne détaillerai pas ici.
Aujourd'hui, nous nous retrouvons donc avec une convention collective signée par plusieurs syndicats de salariés et un syndicat de producteurs, ou plutôt un syndicat de "studios", l'API (regroupant Gaumont, Pathé, Ugc et MK2), appliquant déjà des niveaux de rémunération équivalent au projet de convention et souhaitant éviter toute grève sur ses tournages.. Comprendre qui est le signataire côté employeur est important pour la suite du débat.
Ce projet de convention fixe une grille salariale minimale (celle-là même qui était plutôt utilisée comme base maximale jusqu'ici) applicable à tous les films, indique les majorations en cas d'heures supplémentaires, travail de nuit, etc, etc...
Aujourd'hui, on peut penser que 95 % des films n'appliquent pas cette convention, soit par simplicité (négociations au forfait par exemple), soit parce qu'ils la considèrent comme trop chère, soit enfin parce qu'ils ne le peuvent économiquement pas.
Le jour où la convention sera étendue, TOUS les films de long métrage devront l'appliquer dans son INTEGRALITE. On ne pourra pas s'en affranchir, même de gré à gré. Si un producteur et son équipe technique décidaient par exemple d'un commun accord, de faire un film "à l'arrache" en payant tout le monde 120 EUR par jour, le film ne serait pas agréé par le CNC et n'aurait donc quasiment aucune chance de sortir en salle car le montant du coût de sa sortie serait doublé (plus d'aides à la distribution). De plus, il devrait sans doute rembourser les éventuelles chaînes préacheteuses qui ont obligation d'investir dans des films agréés. Enfin, il ne générerait aucun fonds de soutien.
Pour protéger les films à petit budget, les négociateurs, qui ne sont pas non plus complètement stupides, ont prévu un statut dérogatoire dans la convention : pour faire simple, on applique toujours la convention mais certaines obligations sont allégées. Ce dispositif dérogatoire doit s'arrêter dans 5 ans pour laisser place à une application intégrale de la convention pour tous les films, même les plus difficiles.
Voici en quelques mots ce statut : ce dispositif sera ouvert aux films de moins de 2,5MEUR, dans la limite de 20% de la production annuelle française.
Il y aura donc création d'une commission d'instruction qui décidera qui a le droit à ce régime dérogatoire, l'avis négatif de la commission empêchant le producteur d'aller devant la commission d'agrément. La convention ne définit pas la composition et le fonctionnement de cette commission : Le choix des films bénéficiant du dispositif sera-t'il fait sur des critères artistiques ? Economiques ? Des quotas par genre ? Par syndicats de producteurs ? C'est le flou total.
20% de la production annuelle française correspond aujourd'hui grosso modo à une quarantaine de films, donc au nombre de films aidés par l'avance sur recettes (1er et 2eme collège). Il serait donc proportionnellement aussi difficile d'obtenir le statut dérogatoire que d'obtenir aujourd'hui l'avance sur recettes.
Le système dérogatoire instaure un système de participation bas sur 50% des recettes encaissées par les producteurs délégués, y compris celle du fonds de soutien, pour compenser l'effort fait par les salariés.
Voilà donc la situation en cas d'extension. Je pense que ma présentation pourrait être plus complète, qu'il y a peut-être quelques coquilles, n'hésitez pas à corriger-compléter.
Maintenant, pourquoi, alors qu'il semble exister dans cette convention un système protégeant les films fragiles, suis-je ainsi vent debout ? PARCE CE SYTEME PROVISOIRE NE CORRESPOND EN RIEN A LA REALITE DE LA PRODUCTION DES FILMS DIFFICILES AUJOURD'HUI.
Quelques chiffres. En 2011, le cinéma français, c'est 206 films majoritaires répartis ainsi : 48 films à moins d'1 million d'euros, 38 films entre 1 et 2,5MEUR, 30 films entre 2,5 et 4MEUR (seuil de diversité applicable à Canal +), 24 films entre 4 et 6MEUR, 24 films entre 6 et 8MEUR, 14 films entre 8 et 10MEUR, 21 films entre 10 et 20MEUR, 6 films entre 20 et 40MEUR et 1 film à + de 60MEUR (Asterix...)...
Ce qui nous fait donc 86 films à moins de 2,5 millions, soit 41,7% de la production annuelle. Je vous rappelle que 2,5 millions est le seuil retenu pour une éventuelle dérogation dans la convention collective.
Sauf que celle-ci n'autorisera que 20% de dérogation. Quid des 44 films restants (21,7% x 206) ? N'importe quel directeur de production ou administrateur vous dira qu'il est quasi impossible de respecter la convention en dessous de ce montant, à moins de faire un documentaire ou un tournage très court ou en équipe très réduite à Paris. Donc voilà déjà 44 films interdits de tournage.
Continuons : 14,5% des films sont entre 2,5 et 4 millions. Là, c'est plus compliqué, pour savoir si la convention est applicable, il faut vraiment étudier les projets : scénario, durée du tournage minimale, figuration, Paris ou Province, etc... On peut imaginer que certains y arriveraient au prix d'adaptation du projet, disons, pour ne pas se fâcher, la moitié. Restent sur le carreau 15 films. C'est dommage, nous avons utilisé toutes nos vies pour les films à moins de 2,5 millions d'euros. Donc : 15 morts de plus.
Pour être réglo, faire disparaître 59 films, c'est forcement remettre un peu d'argent dans le système, qui se déplacera vers d'autres productions, c'est très difficile à chiffrer, mais imaginer la disparition pure et simple de 50 films la première année ne me parait pas aberrant. Sachant que les années suivantes, les 20 % de films dérogatoires seront, de ce fait, calculés sur une production annuelle française toujours plus faible, ce qui ressemble fort à un cercle vicieux !
Qui va être touché ?
Les membres de l'API, producteurs signataires de la convention ? Aucune chance, 10 MEUR étant en ce moment leur unité de mesure.
Les techniciens "installés" travaillant régulièrement sur les plus gros films (et parallèlement extrêmement présents dans les syndicats salariaux signataires) ? Non plus.
Qui alors ?
Et bien tout le tissu des petits producteurs indépendants, donc un paquet finiront par mettre la clé sous la porte.
Tous les jeunes réalisateurs autres que de comédie essayant de faire un premier long métrage un peu ambitieux ou trop auteur.
Tous les techniciens qui ont déjà du mal à faire leurs heures et travaillent sur des films fauchés.
Alors, maintenant, on fait quoi ? On crève tous en silence pour que les studios continuent à faire leurs films tranquillement ?
#3
Posté 20 janvier 2013 - 00:57
Citation
Les Syndicats de producteurs APC, UPF, SPI, AFPF et APFP, cherchent à se défausser - de leurs responsabilités d'employeurs, - de leurs responsabilités économiques, sociales et professionnelles.
L'APC a établi un projet de texte de Convention de la Production cinématographique au nom de l'ensemble des Syndicats de producteurs non signataires de l'Accord du 19 janvier 2012 : APC, UPF, SPI, AFPF et l'APFP (Syndicat des Producteurs de films publicitaires bien que non concerné par les propositions salariales des Syndicats de producteurs de films cinématographiques),
et, à cet effet, a proposé un cycle intensif de réunions qu'ils qualifient de paritaires, auxquelles participe la CFDT, seul Syndicat non signataire de l'Accord du 19 janvier 2012, cycle de réunions devant se conclure le 18 janvier 2013 par la signature du texte de Convention qu'ils proposent...
Ce texte propose notamment l'institution de trois grilles de salaires minima abaissant de 20 à 60 % les montants des salaires minima actuellement en vigueur, et réduit les différents taux de majoration de la Convention actuellement en vigueur, Convention et grilles de salaires minima dont l'APC et l'UPF ont à nouveau prorogé l'application jusqu'à l'entrée en vigueur d'un texte de convention étendu, mais lequel ?
En effet, actuellement, le texte du 19 janvier est soumis à la procédure d'extension.
Ce texte (passant outre la jurisprudence de la Cour de cassation qui a jugé qu'un salaire ne peut être aléatoire et ne peut être différé et dépendre d'hypothétiques recettes) précise que le montant des salaires non payés est différé sur un «intéressement» aux hypothétiques recettes du film part producteur à raison de 10 % de ces recettes réparties à l'ensemble des ouvriers et techniciens et 90 % du montant des recettes pour le producteur.
Ce texte prévoit que ces grilles de salaires ainsi définies s'appliqueront à tous les films dont le devis est inférieur à 4 millions d'euros. Soit, si l'on se réfère aux statistiques établies par le CNC pour l'année 2012 - ces grilles se seraient appliquées à 129 films sur les 208 produits...
Les statistiques du CNC en 2012 comptabilisent 83 films dont le devis est inférieur à 2 millions d'euros - dont 58 ont un devis inférieur à 1 million d'euros.
Sur ces 83 films, l'on comptabilise 37 documentaires, dont 30 ont un devis inférieur à 1 million d'euros et 4 un devis supérieur à 1 million d'euros et inférieur à 2 millions d'euros.
Il est à noter que sur le total des 208 films, 69 films en 2012 (qui ont tous un devis inférieur à 2 millions d'euros) ne bénéficient dans leur plan de financement d'aucun concours financier sous forme d'à-valoir distribution salles ou préachat de droits de diffusion par une chaîne de télévision et ne connaissent, à part de rares exceptions, aucune exploitation, ni dans les salles, ni sur une chaine de télévision.
Ces films, en règle générale, accusent un défaut de financement de 50 % et plus de leur coût et sont produits et réalisés en dehors de toute norme sociale, professionnelle technique et artistique.
Ce ne sont pas les producteurs adhérents de l'APC et de l'UPF, et bon nombre de producteurs membres du SPI qui produisent ces films - et leurs films - dans de telles conditions de financement.
En effet, la fonction de tout producteur par définition, c'est de faire partager le risque financier de la production d'un film, s'assurer et négocier dans tous les cas de cofinancements et d'à-valoir ou de préachats de droits de diffusion salles et/ou de télévision ; ne serait-ce que pour garantir le paiement de son salaire de producteur...
La production et la réalisation de ces films dépourvus de leur financement ne sont pas le fait du hasard.
Si leur nombre s'accroit d'année en année, ceci est la conséquence directe du démantèlement opéré par le CNC de la réglementation qui encadrait la production cinématographique, et sont en général le fait de «producteurs éphémères».
Les Syndicats de producteurs non signataires mettent en exergue le fait que plus de soixante films ne pourraient être réalisés s'ils appliquaient les salaires minima en vigueur en dissimulant le fait qu'il s'agit de films pour lesquels les producteurs n'ayant pas été en mesure d'intéresser à leur projet d'autres investisseurs et, en particulier d'obtenir d'à-valoir diffusion, sont produits en dehors de toute cohérence économique, et veulent faire croire que cette situation serait celle des films qui sont produits et financés avec le concours de co-investisseurs et d'à-valoir exploitation salles et télévision...
En réalité, les conditions de financement et de réalisation de ces films ne sont pas le souci des Syndicats de producteurs non signataires.
En effet, ils s'opposent catégoriquement à ce que puisse être mis en place un mécanisme d'aide financier pris sur le Fonds de soutien du CNC contre une délégation de recettes que ces producteurs accorderaient au CNC et permettrait que ces films puissent bénéficier des moyens financiers nécessaires à leur réalisation.
Leur seul objectif n'est pas les conditions de financement des films mais celui de diminuer et remettre en cause - pour les films qu'ils produisent - les conditions de salaires minima fixées dans la convention actuellement en vigueur des ouvriers et techniciens. Et ainsi, par leur proposition d'hypothétiques salaires différés, diminuer de 20 % et plus la masse des salaires des ouvriers et des techniciens qui représente en moyenne une part de 18 % du devis des films.
Ce qui correspondrait à diminuer en moyenne de 4 % le montant des devis des films...
Par cette manoeuvre d'Accord qui serait signé avec la CFDT, l'objectif des Syndicats de producteurs non signataires est également d'obtenir le soutien politique du MEDEF à leur texte, afin :
- que M. le Ministre du Travail, déjà le 28 janvier lors de la réunion de la Commission d'extension, sursoit à une décision d'extension du texte du 19 janvier 2012,
- et, ultérieurement, vu l'opposition conjointe des Syndicats de producteurs non-signataires, de la CFDT et, en particulier du MEDEF et vraisemblablement de la CGPME et de l'UPA, que le Ministre du Travail oppose un refus à l'extension de l'Accord du 19 janvier 2012.
Les Syndicats de producteurs non signataires espèrent ainsi obtenir qu'aucune convention collective de la Production cinématographique ne puisse être étendue et s'appliquer à tous les producteurs sans exception.
Soulignons que, si les Syndicats non signataires obtiennent de la CFDT la signature à leur texte de Convention, la validation de ce texte :
- ne saurait passer outre les dispositions du Code du travail relatives à la négociation et à la procédure d'extension ;
- mais surtout, ne fera pas abstraction et ne leur permettra pas de passer outre l'action et la détermination de l'ensemble des ouvriers, techniciens et réalisateurs et des Organisations syndicales qui les représentent véritablement, à accepter passivement leurs propositions salariales...
Ce n'est pas, dès lors, à une seule journée de grève à laquelle ils devront faire face.
Cet Accord avec la CFDT est une voie sans issue :
- La grande majorité des Producteurs sont des personnes sérieuses, et savent qu'ils ne pourront pas imposer de telles conditions salariales aux ouvriers et techniciens professionnels auxquels ils ont recours pour la réalisation de leurs films.
La démarche des Syndicats de producteurs non signataires est non seulement exorbitante de toute réalité sociale et professionnelle mais conduirait la Production cinématographique et le Cinéma français vers un démantèlement professionnel inéluctable.
Nous voulons croire qu'un an après la signature du texte de la Convention du 19 janvier 2012, le blocage de la procédure d'extension qui a été relayé depuis une année par le Ministère de la Culture et le Ministère du Travail cessera.
Nous voulons croire que M. le Ministre du Travail ne cèdera pas à cette mystification, et répondra - dans l'intérêt du Cinéma français - aux souhaits de Mme la Ministre de la Culture d'étendre le texte du 19 janvier 2012, ce qui mettra un terme à cette abracadabrantesque situation.
Le Conseil syndical
Paris, le 18 janvier 2013
#4
Posté 20 janvier 2013 - 09:26
Je ne commenterai pas le communiqué du SNPCT, ce n'est pas mon but ici. Mais j'ai été heureux d'apprendre que les films que nous faisions ensemble étaient "produits et réalisés en dehors de toute norme sociale, PROFESSIONNELLE, TECHNIQUE et ARTISTIQUE." J'ai trouvé ça tellement respectueux des techniciens et réalisateurs qui se battent sur les films fauchés. Le niveau du dialogue social en France, tant côté patronal que syndical, est vraiment à pleurer... Heureusement que nous avons des lieux comme ici pour pouvoir échanger.
Premier erratum concernant mon post d'hier :
Certains techniciens et producteurs pensent que je suis mathématiquement trop optimiste. En effet, je ne devrais pas me baser sur la production annuelle actuelle mais sur le nombre de films, parmi elle, capables d'appliquer la convention. De là découlerait le nombre de places disponibles au système dérogatoire.
Si l'on reprend les chiffres 2011 cités plus haut, cela donnerait : 105 films capables d'appliquer la convention (206-86-15), ouvrant donc le droit à 26 films autorisés à déroger (20% du total), et donc une production annuelle de 131 films. Et une disparition de 75 longs métrages chaque année.
Seconde remarque que j'ai trouvé intéressante : je n'ai pas parlé de l'augmentation des délocalisations des films difficiles (je laisse aux plus experts que moi cette problématique pour les films de plus de 4 millions). C'est évident, beaucoup de producteurs transfèreront leurs tournages à l'étranger plutôt que de devoir renoncer à les produire. Ou se feront imposer ce changement de pays par leurs coproducteurs étrangers. Le nombre de disparition de tournages en France sera sûrement supérieur à celui des longs métrages abandonnés.
Je ne connais pas la proportion des films de moins de 2,5 millions dans le total des tournages non délocalisés. Quelqu'un sait-il où trouver ces stats ?
Dernière remarque : n'hésitez surtout pas critiquer mes chiffres et mon raisonnement, je ne demande que cela.
Ce message a été modifié par Fabrice Préel-Cléach - 20 janvier 2013 - 09:30.
#5
Posté 20 janvier 2013 - 16:10
Pour les productions, l'extension ou non de la Convention Collective a un effet très évident : elles ne pourront pas faire certains films. Il y a certainement quelques aspects positifs aussi, mais que je ne vois pas dans l'immédiat.
Du côté des techniciens, l'équation est un peu plus difficile, et elle l'a finalement toujours été. Doit-on défendre notre savoir-faire au risque de moins travailler ou doit-on accepter toutes les conditions pour accumuler des heures ? Sachant, en plus, que ce mêle à cela une question d'éthique, puisque notre décision affectera tout notre milieu professionnel.
La question se pose déjà en réalité, la seule différence c'est que si on décide de défendre notre savoir-faire, on sait parfaitement que quelqu'un d'autre passera derrière, nous coupant ainsi toute possibilité de négociation.
Je pense en effet que concrètement, c'est la véritable raison d'être de cette Convention : réduire cette « concurrence vers le bas », ce cassage des prix. C'est bien pour cela que la Convention Collective est une régulation.
En essayant d'être lucide, je pense donc que la Convention n'est pas là pour forcer les prods à payer les techniciens un certain tarif mais plutôt pour empêcher les techniciens de proposer un tarif inférieur (je parle ici de tarif mais j'inclue aussi les conditions de travail, les heures supp, etc.)
Mais encore une fois, l'équation est difficile pour les techniciens. Soyons honnêtes : presque tout le monde, y compris de grands chefs de poste appartenant parfois à des associations de renom, a été amené à casser les prix pour avoir assez de travail.
Dans le monde du travail « normal », la situation est généralement inverse : les entreprises savent que leur valeur dépend de leurs employés. Ainsi, quelqu'un travaillant pour X pourra se voir proposer une offre supérieure par Y. Si cette offre n'est pas supérieure, l'employé n'aura aucune raison de quitter X. Hélas pour les intermittents, dans un monde du travail dérégulé où nous sommes en constante recherche d'emploi, c'est l'employeur qui a le pouvoir absolu sur les tarifs. Il n'y a de plus aucune possibilité de système « d'ancienneté ». Ainsi, un jeune technicien aura certainement plus de chance de travailler en cassant les prix. Hélas, avec ce que nous propose la Convention alternative des producteurs, c'est-à-dire une dérégulation impliquant presque 60% de la production française, un jeune technicien commençant sa carrière à un tarif très bas finira très certainement sa carrière à un tarif tout aussi bas, si ce n'est peut-être sur une dizaine de projets sur toute sa vie qui seront « au tarif. » Concrètement, il n'a donc aucune perspective d'avenir.
Je suis d'accord avec toi Fabrice, je ne crois pas que la Convention soit la réelle solution à ce problème. En effet, la tarification et les conditions de travail sont un problème, mais l'entrée dans le milieu en est un aussi. Mais sans régulation, peut-on voir un autre avenir que des salaires complètement aspirés vers le bas ? Car il me semble important aussi de voir les implications de tout cela dans quelques dizaines d'années.
Est-ce que c'est de cela dont tu parles quand tu parles de la "réalité de la production" aujourd'hui, où travailler dans le cinéma est de fait une carrière de pure dévotion où il est effectivement secondaire de gagner de l'argent ?
Et peut-on voir autre chose qu'un cinéma fragile qui n'est plus affaire de convictions, un cinéma qui ne sera plus soutenu par des techniciens gagnant assez à côté pour pouvoir offrir de leur temps sur un projet enthousiasmant, mais qui ne sera plus que subi ? Cette question se posant d'autant plus quand on regarde les conditions d'intéressement proposées par les syndicats de producteurs, où seulement 10% des bénéfices d'un film sont alloués au remboursement de tous les techniciens et 90% sont des bénéfices purs pour les producteurs.
Quant à la délocalisation, c'est un problème qui se ressent de plus en plus dans les deux sens : autant les producteurs partent là où il n'y a pas d'argent, autant les techniciens partent là où il y en a.
Bref, tout ça pour dire : en dehors d'une Convention, comment réussir à éviter cette spirale vers le bas des salaires ? Ou doit-on se résoudre au fait que nos conditions de vie ne soient plus en accord avec "la réalité de la production" ?
#6
Posté 20 janvier 2013 - 19:52
Tu es technicien, moi producteur, et pourtant je pourrais signer quasiment l'intégralité de ton post.
Alors, pourquoi est-ce aussi difficile d'arriver à un texte négocié ? Parce que le postulat de départ est mauvais. On ne peut pas arriver à une convention qui applique une même grille salariale à tout le monde, quels que soit son âge, son expérience, le budget du film, ses sources de financement, ses possibilités de recettes. Cela ne peut marcher. Les négociateurs auraient du faire table rase, et se demander ce qu'était le cinéma d'aujourd'hui, sans oeillères. Et comment, dans cette réalité, on sécurise la production française et la carrière des techniciens.
Alors qu'est-ce qu'on fait ? Et bien on n'étend AUCUN projet de convention et se remet tous autour d'une table, et on recommence. Et on accepte de se poser toutes les questions dérangeantes : doit-on appliquer le même salaire de référence à un chef op de 29 ans qu'à un chef op de 55 ans ? La grille de référence, et sa hiérarchie salariale, sont-elles encore représentatives de la façon dont on travaille aujourd'hui ? Doit-on payer autant les techniciens et les producteurs sur un film financé à 100% par le privé que sur un financement majoritairement public ? Comment obliger les producteurs à la transparence les recettes des films ? On pourrait en rajouter des tonnes.
Je rêve ? Peut-être. Cela arrange tellement de monde que l'on produise moins de films. Car moins de films difficiles, c'est plus de place en salle, encore plus d'argent pour les films déjà bien pourvus, et ... moins de techniciens sur le marché. Bref, un bon retour en arrière, comme au temps du cinéma de Papa.
Ce matin, un ami technicien, avec qui j'ai débuté, m'a appelé et m'a dit : Fabrice, toi et moi, on est dans la merde.
Oui. Grave. Essayons au moins de sauver les meubles.
Ce message a été modifié par Fabrice Préel-Cléach - 20 janvier 2013 - 20:15.
#7
Posté 21 janvier 2013 - 14:11
À un moment donné, en ces jours cruciaux ["Assises du Cinéma" cet après-midi, "Commission d'extension" le 28 janvier], je suis certain qu'il faut s'en remettre aux "spécialistes", celles et ceux qui ne font que ça, celles et ceux à qui nous avons délégué nos pouvoirs, démocratiquement : le gouvernement, les syndicats, les associations. Elles et eux y consacrent leur activité, travaillent en équipes, pointues, et sont au fait de l'alinéa x du paragraphe y du chapitre z du titre mes genoux. Pas moi
À cet égard, ces dernières heures j'ai étudié quelques textes récents, précisément : le Communiqué de presse du SNTPCT du 18 janvier, et le document, classé "confidentiel", de l'AFPF/APC/SPI/UPF, daté janv 2013, intitulé "Comparatif texte API et texte producteurs indépendants" [je ne communique pas les liens : je les ai trouvés]. Ce que j'y ai appris m'est suffisant pour exercer ici mon droit de réserve, qu'il soit personnel ou associatif.
#8
Posté 22 janvier 2013 - 09:42
Nouvel inscrit, je me contentais de lire jusqu'à ce sujet où je me dois d'écrire deux trois mots.
Pour faire une courte présentation, je suis monteur-étalonneur depuis quatre ans, puis jeune producteur depuis cinq mois.
L'argumentaire de monsieur Préel-Cléach est parfait, je n'ai rien à ajouter et je suis en complet accord.
Par contre monsieur Monge, j'ai quelques soucis (fort sympathique au demeurant, n'y voyez aucune crainte).
Le problème de notre société en général est que nous confiant justement nos problèmes à des gens qui n'en connaissent pas et qui n'en n'ont jamais connu. Exemple concret : Comment peut-on confier un ministère du redressement productif (me fera toujours rire ce titre) à une personne qui n'a jamais créé de société ? Comment peut-il redresser quoique ce soit alors qu'il n'a jamais fait de business plan ?
Recentrons-nous sur notre sujet. Comment légitimer les chiffres du CNC quand dans leur rapport, nous lisons que les chaînes locales mettent de plus en plus d'argent ? 9 000€/heure de programme. Sérieusement ?
Dans la "vraie vie" (comme j'aime si bien l'appeler), avec de vrai chiffre, on constate que les chaînes locales mettent....0. Pas 100, pas 10....0 pour un programme.
Je m'éloigne copieusement du sujet, mais pas tant que çà. Ce que je veux monter avec ces exemples, c'est qu'à force de tout verrouiller, on rouille un système. Et tant qu'on fermera les yeux devant la réalité, on s'enfoncera.
A titre personnel, je n'ai jamais fait une journée de moins de 10 heures en montage. Je n'ai jamais travaillé 10 jours et déclaré 10 jours...... Suis-je le seul ? J'ai de gros doute.....
Pourquoi faire appliquer une convention unique suivant une économie alors que chaque film à sa propre économie ?
Pourquoi personne ne gueule contre les congés spectacle alors que ce n'est ni plus ni moins que du racket ?
Beaucoup de questions en suspens malheureusement....
En espérant ne mettre pas trop éparpillé,
au plaisir de vous lire.
#9
Posté 22 janvier 2013 - 20:05
Pour le moment, Sébastien, juste un truc : qu'est-ce donc que ce "racket" des Congés Pestacles, contre "personne ne gueule" ? À part le quotidien Le Figaro et la Cour des Comptes
Les lecteurs de ce Forum aimeraient en savoir plus. Et moi itou..
Cordialement,
Demain, d'autres choses.
#10
Posté 23 janvier 2013 - 09:08
Par contre Jacques, même si ce sujet n'a la volonté de ralentir, remplacer ou contrer les négociations tenus par les représentants syndicaux et gouvernementaux depuis des années, il me semble qu'il reste important. Car quant bien même refaire le monde en parlant ici entre nous - sans intermédiaires, directement entre techniciens et producteurs, entre générations de professionnels, entre personnes confrontées à des situations et des problématiques différentes - n'aura aucun impact concret sur ce qui va nous tomber sur le coin de la figure, je continue à penser que cela aura au moins le mérite de nous aider à comprendre ce qui nous arrive et pourquoi. Et pour un grand nombre, c'est déjà beaucoup.
Car même si nous ne sommes pas des spécialistes, se confronter en direct à toutes ces questions et contradictions n'est-il pas aussi un moyen de développer un avis personnel complet, afin de pouvoir le défendre avec une réelle conviction ? Le système démocratique dont tu parles est-il vraiment valable si les électeurs ne prennent jamais la peine de se renseigner par eux-même, sans pour autant avoir la prétention d'avoir la solution que des gens qui travaillent sur la question depuis des années n'ont pas ? Et je dis ça tout aussi bien pour les techniciens que pour les producteurs, qui n'ont pas nécessairement tous conscience plus que nous des enjeux à long terme.
Sébastien, il est vrai que chaque film à son économie et c'est bien justement ce qui rend cette négociation si compliqué. Malgré tout, une Convention est importante comme base de régulation, comme "garde-fou". Chaque film est unique, certes, mais fondamentalement, chaque film a besoin de personnel, de temps, de matériel, etc. Les différences sont ensuite une histoire de quantité. Chaque film se fait aussi dans un monde où les jours font 24h et où le personnel, quelque soit l'économie du film, a besoin de repos, de voir sa famille et de payer un loyer. La Convention est donc là pour poser des limites inférieurs (a.k.a. des minimums syndicaux) afin d'éviter que les économies des films soient tirées vers le bas et afin de permettre aux employés de vivre correctement de leur métier, et ainsi de rester des professionnels du cinéma, ou non pas des gens qui font ça sur leur temps libre, à côté du travail qui leur permet réellement de vivre.
#11
Posté 23 janvier 2013 - 10:14
Bien sûr qu'il ne faut pas tout reprendre à zéro, il y a eu pas mal d'avancées et d'adaptations techniques au monde d'aujourd'hui. Et puis les organisations syndicales ont maintenant deux textes sur lesquels s'appuyer pour trouver un accord. La structure même des 2 textes n'est pas si éloignée. Qu'est-ce qui différe vraiment : les majorations, l'absence des comédiens chez l'API et LE TRUC essentiel : la clause dérogatoire pour la diversité.
Bon, à part ça, le fait qu'ils aient tous fait l'impasse sur la valorisation de l'expérience, sécurisation de la carrière, entrée dans le métier, une grille salariale plus resserrée (entre les heuts et bas salaires), etc, etc, etc... tout le monde à l'air de s'en foutre, c'est dingue.
Donc, logiquement, retour à la table de négociation, car les deux conventions signées manquent sérieusement de représentativité. A lire la guerre des tranchées hier soir sur Twitter entre Pascal Rogard (SACD, soutien de la convention API), Missonnier (Fidélité, UPF) et Tiné, ce n'est pas gagné.
Nicolas, tu devrais lancer un sujet sur les sujets non traîtés dans les différents projets, on ne sait jamais, ça pourrait peut-être servir...
#12
Posté 23 janvier 2013 - 10:52
Jacques Monge, le 22 janvier 2013 - 20:05, dit :
Pour le moment, Sébastien, juste un truc : qu'est-ce donc que ce "racket" des Congés Pestacles, contre "personne ne gueule" ? À part le quotidien Le Figaro et la Cour des Comptes
Les lecteurs de ce Forum aimeraient en savoir plus. Et moi itou..
Cordialement,
Demain, d'autres choses.
C'est tout simple, quand je regarde ma fiche de paie d'intermittent, je constate que l'employeur cotise à la caisse 15% de mon salaire. Hors, chaque année, je ne reçois que 10%. 5% de fonctionnement ? Pourquoi ne pas nous donner les 15% ?
Je serais d'accord avec ce principe si la caisse pratiquait une répartition égale. Hors le montant des congés spectacles est indexé sur ton salaire... C'est donc pour çà qu'à mon sens, ce n'est ni plus ni moins qu'une taxe. Mais peut-être que je me trompe, je n'ai pas la science infuse.
Nicolas Eveilleau, le 23 janvier 2013 - 09:08, dit :
100% d'accord, mais ce n'est que de la théorie. Une convention existe mais combien l'applique ? Je parle de ce que je connais et bien évidemment je ne connais pas tout, je ne parle que dans mon environnement.
Je rêverais d'être déclaré 10 jours pour 10 travaillés, sauf que ce n'est jamais arrivé. Même avec des projets du CNC, on te déclare 10 jours sur une prod mais tu dois 3 jours gratos sur un autre projet.
J'en reviens au rapport du CNC qui pour moi ne reflète absolument la réalité.
Tout comme pour Jacques, si j'ai pris l'initiative d'écrire deux trois mots sur le sujet c'est pour confronté ma vision et échanger. Je ne prétends pas détenir la vérité
#13
Posté 23 janvier 2013 - 22:52
Deux exemples pas trop lointains : le référendum de 2005 sur le Traité Constitutionnel Européen, d'abord. Si le Non l'a emporté c'est que nous avons été des dizaines de milliers, de toutes conditions, organisés ou pas, à plancher comme des sourdingues sur le texte. Nous étions imbattables dans quelque réunion publique que ce soit. Nous avons convaincu, un par un. À peu près à la même époque j'ai été délégué élu d'un Collectif de Sans-Papiers. Dans les trois mois je pouvais conduire des Délégations en Préfecture, tenir tête à l'Administration sur le petit alinéa qui coince, et régulariser des dizaines de personnes, et leur famille. Le Ceseda n'avait pas le moindre secret pour moi.
Là, ici, je me lasse un peu : le sentiment qu'on parle trop vite, que les textes, ceux des deux Conventions, ne sont pas assez connus, étudiés, et qu' "on refait le monde" sans savoir très exactement comment il fonctionne, ou pas. Tel Sébastien qui avançait le terme de "racket" à propos des Congés spectacles, puis a baissé la garde en parlant de "taxe", ce qui est encore impropre, bien sûr. Pour dire que ce Site est exemplaire dans tous les domaines depuis sa création, et que je me suis demandé si la face-bookisation ambiante n'allait pas le gagner peu à peu.
Que la rigueur exemplaire des post techniques inspire ainsi les post du champ social!
Bien amicalement,
Jacques Monge.
#14
Posté 24 janvier 2013 - 14:30
Jacques Monge, le 23 janvier 2013 - 22:52, dit :
Bien amicalement,
Jacques Monge.
Bonjour,
Justement, si je me suis permis d'intervenir, c'est pour avoir un échange. J'aimerais qu'on me montre que j'ai tord. J'en serais le plus heureux et je reconnaîtrais mon erreur bien volontiers.
Cordialement,
S.MORIZOT
#15
Posté 24 janvier 2013 - 21:01
#16
Posté 26 janvier 2013 - 18:15
Fabrice Préel-Cléach, le 23 janvier 2013 - 10:14, dit :
Tu veux encore me faire bosser gratuitement c'est ça ?
Plus sérieusement, même si je veux parler de tout ça pour comprendre petit à petit, je ne suis pas encore "spécialiste" comme le dit si bien Jacques, et en ça je suis d'accord : les textes et les impacts à court et long terme sont extrêmement complexes et délicats à gérer et cela ne doit pas être fait à la légère. Mais ne fais-tu pas partie d'un syndicat qui pourrait prendre ce genre d'initiative ?
Sébastien, si la Convention est étendue, elle devra légalement être appliquée. Si elle ne l'est pas, la société qui embauche des techniciens dans des conditions inférieures à celles fixées par la Convention est dans l'illégalité. Encore une fois, je considère que cela sert donc avant tout à éviter une concurrence au sein des techniciens qui aspire lentement les salaires vers le bas, puisqu'un technicien proposant un salaire inférieur au minimum syndical ne pourra pas être engager légalement par une société de production.
Quant au fait de travailler 3 jours non-déclaré, là encore c'est illégal. S'il t'arrives quelque chose, tu n'es pas assuré, la société paie moins de charge patronale donc fraude, etc.
Le vrai problème à ce niveau est donc à nouveau le dilemme du technicien dont je parlais plus haut : refuser des mauvaises conditions de travail, voire du travail purement et simplement illégal (ce que tu décris) avec le risque de ne pas travailler suffisamment ou accepter tout et n'importe quoi avec le risque de mal vivre de son métier et d'entraîner avec lui le reste de sa profession.
Je copie ici un passage d'un rapport CNC sur l'avenir des industries techniques. Ce texte concerne les industries (les loueurs, les laboratoires, etc.) mais il est parfaitement applicables, en changeant quelques termes, aux techniciens :
Citation
Au déficit de synergies verticales, avec une incapacité des acteurs de la chaîne à définir ensemble des liens économiques équilibrés et pérennes, ont répondu des pratiques concurrentielles désastreuses au sein même des industries techniques. De l'avis général, elles ont atteint leur paroxysme avec Quinta Industries, dont la politique de prix bas (allant selon toute vraisemblance jusqu'à la vente à perte) a profondément sanctionné la filière avant d'entraîner la disparition de cette entreprise. Ces états de faits sont largement dénoncés par les professionnels : «Cette hyperconcurrence n'a pas de logique.» La plupart en appellent à la structuration et à la concentration pour assainir les comportements, changer les rapports de forces et solidifier les acteurs.
La Convention Collective est là pour tenter de fixer le "juste prix" et éviter "l'hyperconcurrence" cités ci-dessus (encore une fois, c'est une simple analogie, le texte concernant les industries)
Il est évident que cela n'empêchera pas un certain nombre de personne de travailler dans l'illégalité, comme c'est déjà le cas, mais ça, par définition, aucune loi n'y peut rien.
Et pour conclure Jacques, nous sommes parfaitement d'accord. J'espère que nous le sommes aussi pour dire que ce sujet peut permettre à chaque lecteur de s'approcher un tout petit peu plus de ce statut de spécialiste et de pouvoir ainsi à l'avenir prendre part au débat avec plus de légitimité.
#17
Posté 28 janvier 2013 - 12:29
Jacques Monge, le 24 janvier 2013 - 21:01, dit :
Et après avoir épluché les textes officiels, quel est ton avis sur les congés spectacles ?
#18
Posté 28 janvier 2013 - 18:25
Nicolas, merci d'avoir modifié le titre du sujet en rajoutant "difficile" à "la mort du cinéma..". Ceci dit, est-ce que tout Art n'est pas "difficile"?.. Et à propos des minima salariaux conventionnés tu as parlé d'un "garde-fou". Ce n'est pas exactement ça : ce serait plutôt un point de référence, à partir duquel un technicien est en droit de refuser un contrat si ce minimum n'est pas appliqué, sans autre forme d'explication. En tout cas il peut l'exiger. Ensuite on peut toujours négocier, ça a toujours existé : j'ai personnellement accepté des -10, -15, voire moins -20 parce que je voulais travailler avec Breillat, Kieslovski, Tanner ou Manoel de Oliveira, par exemple. En revanche, sur les gros budgets, pour lesquels j'avais moins d'intérêt professionnel, si ce n'est de me confronter avec moi-même, je cartonnais sévère. Pas de noms!
Sébastien, mais non!, je n'ai pas épluché les textes des Congés spectacles. Je suis comme Nicolas, je ne bosse pas à l'œil! J'ai tout de même vérifié que le différentiel entre la cotisation et le reversement avait sacrément grimpé, d'environ 3% il y a une vingtaine d'années, à 5% aujourd'hui. Où passe l'oseille? Sais pas.. Je me souviens juste que dans les années 80 j'avais dû aller au siège déposer un dossier, et que j'avais été sidéré par les locaux de l'honorable Institution [qui en fait est une Association 1901] : mazette, l'ancien Hôtel particulier... Quant au versement des Congés en juin j'ai demandé à mes potes en exercice ce qu'ils en pensaient. Hé bé, c'est tout comme moi à l'époque : c'est une géniale cagnotte.. Vu qu'on se la joue carrément cigale, et pas fourmi, quand ça tombe, quelle joie! Surtout quand on a des gamins et que les vacances se profilent.
Un mot encore sur mon "acharnement" à défendre l'extension de la CC : quand l'AFCS a été créée en 2008, notre métier N'EXISTAIT PAS : nous étions des "opérateurs spécialisés", comme pour les prises de vues aériennes ou sous-marines. Ça la fichait vraiment mal, d'autant qu'on entend dire de çi de là que le stead a bouleversé l'écriture du cinéma, en tout cas qu'il est devenu comme indispensable. Bref, on a bossé, avec pas mal d'obstacles et de refus, et le 19 janvier 2012 nous sommes apparus dans la CC avec un Titre de Cadreur et une Définition de fonction que nous avions rédigés. Le tout assorti d'un minimum salarial réévalué, à l'équivalent de l'Ingé Son, entre autres, et seulement entre 5 et 6% de plus que le Cadreur. Voilà.
Si la Convention Collecive n'était pas étendue, le métier de Cadreur Steadicam n'existerait plus légalement
#19
Posté 28 janvier 2013 - 19:33
En ce qui concerne les négociations sur le minimum syndicale (donc sur la grille des salaires joints avec la Convention), est-ce que tu es sûr que c'est uniquement un point de référence ? Est-ce que, avec une Convention étendue, il sera vraiment légal de proposer un salaire à -10% ou est-ce qu'on reste avec un système de gré à gré, où tant que l'employé n'emmène pas son employeur au prud'homme, on dit que ça passe ? Je me dis que si ça n'était vraiment qu'un point de référence, aucun producteur ne se serait vraiment inquiété de l'extension ou non de la Convention, puisqu'il pourra continuer à payer à -50% et à ne payer aucune heure supp de manière parfaitement légale, en entendant juste râler un tout petit peu plus.
#20
Posté 28 janvier 2013 - 22:28
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