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Stead, mensonges et... caoutchoucs
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Posté 11 mars 2012 - 19:18
[en hommage à Soderbergh]
Les bras m'en tombent : l'honorable Institution poursuit le pilonnage des lignes du stead. Après la Conférence à la Cinémathèque, La Lettre n° 217 de l'AFC, voici la toute récente Lettre de la CST, n° 137. La Lettre de la CST. Qu'attend le Ministre?
Au fond, la lecture de ces 3 pages [11 à 13] est réjouissante. L'hagiographie de "l'inventeur de génie" vaut son pesant de guimauve. Il y en a pourtant un qui le prend de travers, ma convenable personne, puisque je suis nommément cité dans l'article, m'intronisant, fort perfidement, comme le précurseur du "caoutchouc renforçant le bras"... Les bras, les miens, m'en retombent.
De mémoire de steadicameur des origines en France [1982], de BL 3 en BL 4 puis en BL 4S, on n'a jamais entendu parler d'un bras de 3A, Gold Springs, qui se serait "effondré sous le poids", y compris en lomo. Cette assertion, lacunaire ou mensongère, ne devrait pas figurer dans la publication de la C. Supérieure T.
J'ai cependant eu recours une fois, et une seule, à des caoutchoucs renforçant le bras. À l'occasion du challenge technique, et artistique, proposé par le cinéaste Paul Vecchiali pour son admirable film "Once More" [1988]. Structuré en plans-séquences de moins de 9 minutes, le film a choisi le steadicam pour un plan d'un peu plus de 7 minutes, intérieur boîte de nuit, combiné en sortie avec une grue pour traverser la rue et clore le plan sur un intérieur situé au 1er étage.
Le film est tourné en 2:35 sphérique, sur 2 perfs. La caméra idoine à l'époque, c'est la Moviecam SuperAmerica, 1000 feet on board... C'est vrai : ni Garrett, ni Ed Di Giulio n'avaient prévu cette configuration. Moi non plus d'ailleurs
Dans un prochain post je donnerai plus de détails sur le tournage de ce plan mémorable.
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Posté 20 mars 2012 - 00:11
«Once More», oui, opus majeur de l'œuvre cinématographique de Paul Vecchiali, tourné en 1987. Ce qu'en résume la jaquette du DVD : «Composé de 10 parties, correspondant chacune à un anniversaire de 1975 à 1987, Once More raconte l'histoire d'un homme pendant les dix dernières années de sa vie. Le film est né de la colère de Paul Vecchiali face à ceux qui, dans les années 80, prétendaient que le SIDA était une punition divine».
La structure, la mise en scène, en est strictement orchestrée : dix anniversaires, dix plans-séquences. Pour uniques ellipses, une année qui a passé. Le montage résumé aux cartons scandant chaque année. La mise en œuvre technique se fait radicale : à chaque décor un choix spécifique, du rail, de la dolly, de la louma, du stead. Au thème tragique, la cinématographie se fait exigeante, éprouvante.
Le film est tourné en format scope 2:35, en sphérique, non pas en anamorphique, budget oblige. Le négatif impressionné sur 2 perfs. La caméra est une Moviecam SuperAmerica, chargée en 1 000 pieds.
Le 5ème anniversaire se déroule dans une boîte de nuit. Notre héros, inoubliable Jean-Louis Rolland, désemparé, est en quête de ses amours homosexuelles. Il est rejeté. Il rentre chez lui, juste en face, où le film le retrouve, vu par la fenêtre, les veines tailladées.
Ce plan est dévolu au steadicam. C'est un défi limite, hors-normes, que de l'accepter. Les essais à Argenteuil font peur : le center post du IIIA ne sort le CG de la cam que de 2 cm, le bas du sled navigue à moins de 20 cm au-dessus du sol, la cam est en 24v sans cable droit pour l'alim externe. Quant au bras du IIIA, prévoyant qu'il n'en pourrait mais, je l'ai cerclé de caoutchoucs. Tout simples, 2 cm de large, collés aux centres de chacun des 2 demi-bras, du bord externe d'un capot au bord externe du capot opposé, sur environ 350° en position de repos.
Ça fonctionne à merveille : les 6 Gold springs n'ont même pas besoin d'être tendus au maximum. Quant au socket block, le fore and aft est au taquet vers l'arrière, le left to right à fond de 3/4 d'inch vers la droite. Certes, mais des caoutchoucs pour les jambes ?
D'autant qu'après 5 mn de circulation en intérieur, la caméra en sort en latéral accompagnant un personnage de profil, puis de 3/4, en travelling arrière, pendant qu'il traverse la rue pour entrer dans un immeuble. La caméra le quitte, continuant de s'élever jusqu'au 1er étage, pour cadrer en gros plan un répondeur près de la fenêtre et, in fine, panoramiquer et retrouver le héros gisant dans son sang. 7 minutes, lock off.
André Attelian, le chef-machino, règle la question de la grue en y installant une robuste potence. De mon côté j'ai prévu un 2nd harnais, de varape, sanglé sous le harnais du IIIA. Une élingue présente un mousqueton au milieu de mes épaules, qu'André accroche à sa potence, tant pour la sécurité que pour me hisser de quelques centimètres de soulagement musculaire. À ce 2nd harnais j'ajoute un 2nd mousqueton, muni d'une sangle au niveau des reins qu'empoigne le porteur de la 24v, pour soulager mes déplacements.
Il ne me reste plus qu'à être équipé par Antoine Bonfanti d'un casque HF pour que je puisse rester en osmose avec les acteurs. Et fixer, en les marquant au sol off, l'ensemble des places caméra avec le pointeur, Didier Faveur, équipé d'une Seitz installée sur un support ventral à épaulières où il tient son road book, avec une profondeur d'une petite dizaine de centimètres.
La «nuit du stead» sera le 1er des 10 jours de tournage... Le repérage a lieu 3 semaines avant, j'ai le temps. Deux ou trois soirs par semaine je passe la soirée dans le décor jusqu'à ce que je m'y dirige les yeux fermés. Mon futur salaire de 3 000 F, 450 €, je l'investis auprès d'un musicien dans de la bonne cc pour qu'il me prodigue un apprentissage graduel. Même pas peur.
À 18 heures nous sommes tous à poste. Au bout des heures, les répétitions, sans le 1 000 pieds, commencent à être concluantes. Nous sommes quelques dizaines, tendus à l'extrême, chacun à sa place en son domaine, fiers de nous affronter à nos savoir-faire, de relever le défi du cinéma. Le «moteur !», au beau milieu de la nuit, ne saurait tarder.
Soudain, la cata : la Seitz ne répond plus. Rien n'y fait. Panique à bord. Paul shoote les caisses de matos virgule de merde. L'équipe est blême. Le film compromis en sa dynamique. Mais il en faut bien d'autres pour détruire les passions, et les engagements. Vaille que vaille j'embarque à l'épaule. Tout un chacun y retourne. Ce ne sera pas du stead, ce sera du porté. Et alors ?
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Posté 21 mars 2012 - 11:02
En complément de cet épisode j'ajoute cette information parue dans la Steadicam Letter, Vol.1, n°4, March '89, sous le titre "Committee of 37 Defines Model IV", préparant "the next incarnation of the Steadicam", en évaluant 38 suggestions parmi lesquelles celle-ci, à la rubrique "Arm" : "Provision for add-on bungee cords to strengthen or weaken arm for heavy and light cameras". C'était donc dans l'air du temps, mais on sait que Cinema Products ne l'a pas intégré dans son cahier des charges.
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