La prise de vue en relief devient de plus en plus courante (sans s'être généralisée, ce qui est compréhensible pour bien des raisons) et apporte avec elle de nouvelles technicités qu'il est important de comprendre pour qui voudrait travailler avec des rigs 3D. En effet, même si le relief doit être laissé à un stéréographe, l'utilisation de rigs a des implications pour tous les postes du département image dont il faut être conscient.
Voilà pourquoi nous étions le 30 novembre et 1er décembre derniers chez Emit pour tester le Freestyle Rig créé par Philippe Bordelais et fabriqué par P+S Technik.

Etaient présents :
Benjamin Fatras, cadreur Steadicam - Andrew Steele, Président d'EMIT - Mikael Lubtchansky et Lewis-Martin Soucy, propriétaires de caméras RED - Matthias Walter, directeur de la photographie - Raphaël Palin Saint-Agathe, assistant opérateur et fin connaisseur de 3D, son second assistant Thomas - et votre humble serviteur.
Certains remarqueront l'absence d'un stéréographe en tant que tel. En effet, ces tests étaient avant tout des tests techniques concernant l'utilisation d'un rig sur Steadicam. Des tests préliminaires donc, qui demandent un approfondissement en terme de "langage" possible.
Nous avons testé deux configurations : l'une avec deux RED, l'autre avec deux Sony HDC-P1. Je commencerai par présenter un peu le Freestyle Rig en lui-même, puis je passerai aux configs. Le Stead de Benjamin est un Ultra2 de Steadicam.
Je précise aussi que je présenterai l'aspect purement technique des essais. Benjamin serait quant à lui plus à même de parler de l'expérience au niveau du cadre.
Le Freestyle donc, était mis à disposition par Emit. Il s'agit d'un rig à miroir, avec une caméra horizontale, une caméra verticale et un miroir semi-réfléchissant. L'un des intérêts de ce rig est d'être beaucoup plus léger que les autres, rendant son utilisation possible sur Steadicam ou à l'épaule. Sa plaque de base est d'ailleurs prévue pour pouvoir passer sans aucune manipulation du Stead à l'épaule et même sur pied.
Ce que j'ai beaucoup apprécié sur le rig c'est qu'il est pensé pour pouvoir faire des changements rapides. Je m'explique : en relief, tout est doublé, sans compter les contraintes apportées par le rig en lui-même. Ainsi, même une procédure aussi simple qu'un changement d'optique demande beaucoup plus de manipulations : changer deux optiques au lieu d'une et refaire les réglages du rig. Le Freestyle simplifie ces manipulations par deux procédés : la hauteur du miroir se règle une seule fois par caméra, par le bas des tiges qui le soutiennent, puis le miroir vient se caler en butée par le haut. Ainsi, à chaque changement d'optique, il suffit de retirer le miroir, faire le changement, puis de remettre le miroir dont la hauteur sera parfaitement calée.

Le deuxième changement qui apparaît est la distance entre la caméra et le miroir en fonction de la taille de l'optique. Les plaques sur lesquelles sont fixées la caméra possèdent des marques et une butée réglable. Il suffit donc de déterminer la position de la butée pour chaque optique pendant les essais caméra pour pouvoir caler la position des caméras rapidement.
Si je peux me permettre, le marquage des plaques gagnerait à être numéroté, pour pouvoir retrouver les positions plus facilement.

Les plaques possèdent également déjà deux tiges de 15 mm pour placer les moteurs de contrôle des bagues de l'optique, ce qui permet d'équiper la caméra sans ajouter quoi que ce soit.
Dans le même sens, le rig permet de mettre directement deux tiges de 15 à l'arrière du rig.

Cette possibilité est plus importante qu'elle n'en a l'air. En effet, sur un Steadicam se pose toujours le problème de l'équilibrage. Or, en relief apparaît un nouveau paramètre : l'entraxe (ou offset ou interoculaire) qui définit l'écart entre les axes optiques des deux caméras. Sur la plupart des rigs, une seule des caméras bouge, entraînant le centre de gravité de l'ensemble avec elle. Très délicat au Steadicam donc si l'entraxe doit changer, la balance latérale change aussi.
Le Freestyle Rig a déjà l'intérêt de déplacer les deux caméras en même temps en sens opposé, permettant ainsi de garder le centre de gravité au même endroit.
Évidemment, pour que cela soit entièrement vrai, il faut que les deux caméras soient équipées EXACTEMENT de la même manière : mêmes accessoires et même câblage dans le même sens. Le placement des moteurs par exemple doit être fait avec attention.
Concrètement, cela est impossible. Il y a toujours un léger décalage dû notamment aux câbles. Mais pour avoir essayé avec une configuration faite à la va-vite et une où on avait pris un peu plus soin de rendre le tout symétrique, je peux vous dire qu'un changement très léger d'entraxe sans Freestyle serait ingérable pour le cadreur. Là, bien que la balance bouge malgré tout, on peut continuer à cadrer sans trop de difficulté.
Et où est l'intérêt de ces tiges de 15 à l'arrière me direz vous ? Eh bien elles permettent de fixer certains accessoires sur une partie FIXE. Ainsi, ces accessoires ne bougent pas quand les caméras bougent en fonction de l'entraxe, et ne feront donc jamais varier la balance latérale lors d'un changement d'offset.
Passons donc aux réglages possibles sur le Freestyle Rig. Il y a très grossièrement deux types de réglages : des réglages à ne faire qu'une fois par caméra, des "calages stéréo" donc si on veut, et les réglages de stéréo à proprement parler.
En terme de calage, on peut régler la hauteur de l'axe optique, son inclinaison horizontale (le roll) et son inclinaison verticale (le tilt) Bien que les deux caméras soient calées parfaitement symétriquement grâce au rig, ces réglages sont obligatoires à cause des légères disparités qui peuvent exister au niveau des capteurs de chaque caméra.
En terme de réglages stéréo, nous retrouvons l'entraxe et la convergence (ou angulation).
L'entraxe et la convergence peuvent être réglés au cours du plan par n'importe quelle commande HF (nous avions pour notre part une Cvolution de C-Motion, fournie par Emit)

Le calage de l'entraxe et de la convergence se fait selon une utilisation standard de commande HF : la commande va chercher ses butées, puis on reporte les valeurs sur la commande. À noter qu'on peut placer deux petites vis qui servent de butées mécaniques, ce qui raccourcira la course lors de la recherche automatique des butées, pratique pour éviter des dépassements intempestifs de convergence par exemple.
Tous ces réglages se font pour l'instant sur la plaque sur laquelle repose la caméra horizontale. Cela entraîne à l'heure actuelle un problème de fragilité : l'accumulation de toute cette mécanique de précision entraîne un léger jeu dès qu'on met un poids trop important sur la plaque de réglage. Dans la configuration avec les RED (dont Andrew nous avait parlé comme étant un peu limite en terme de poids), nous avons rencontré un léger problème pour régler le tilt.

Le rig que nous avions attendait cependant de partir en upgrade. Les réglages de prochaines versions seront justement répartis entre les deux caméras, ce qui permettra d'augmenter la robustesse des plaques de réglages avec un poids important.
Je fais les tours de config dans un prochain message.



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